Vacances en nature

Pendant les vacances, j’ai décidé d’aller crécher temporairement dans un chalet question de faire le vide pour oublier les mauvaises odeurs et le brouhaha urbain. J’avais besoin de respirer de l’air pur, besoin d’accumuler d’autres expérience stimulantes.

C’est dans le giron des berges du Fleuve Saint-Laurent que j’y trouve mon bonheur. Situé à plus de 5 heures de route de Montréal, entre Trois-Pistoles et Rimouski, Saint-Simon-de-Rimouski m’accueille à bras ouverts.

Chalet Villa de l'Épervier

Qui dit chalet dit paresse bien assumée et bouffe simple.

C’est dans une cuisine qui sent bon le bois et bien ensoleillée que je lève le coude plus d’une fois, mange des crottes de fromage à m’en faire péter le bide et où je gagne 4 fois de suite au jeu de cartes Uno (je suis sincèrement imbattable).

Chalet salon/cuisine

Je dois préciser que j’avais déjà quelques plans en tête avant mon départ: manger une poutine à la Cantine d’Amours, me ruiner à la Fromagerie des Basques et marcher pendant des heures au parc national du Bic (pour faire descendre tout ça, bien évidemment).

Le parc national du Bic offre des beautés naturelles singulières et saisissantes. Sous le soleil de septembre, l’odeur des fleurs accompagnant la brise marine caresse la narine. Je n’ai pas pu m’empêcher de me laisser séduire par les formes et les textures diverses du parc.

Parc national du Bic

Parc national du Bic

Parc national du Bic

Parc national du Bic

Squelette d'arbre

Parc national du Bic

Ouais ben, la nature, ça donne faim. Après des heures de marche en paix, l’esprit purifié, il est temps de se mettre quelques choses entre les crocs.

Cantine d'Amours

Je ne passerai pas par quatre chemins: si je pouvais, je ferais du pouce à 8h du matin dès demain pour arriver en après-midi pour déguster leur poutine.

Poutine de la Cantine d'Amours

J’avoue, je ne l’ai pas mangée sur place. Après avoir passé plusieurs minutes dans la voiture, le fromage de la poutine est aussi ramolli que mes jambes après des heures de marche. So what! Mon verdict? Le ratio frites-sauce-fromage est très satisfaisant. La sauce a un goût incomparable et les frites sont juste assez sucrées, juste assez salées. J’ai toujours préféré une sauce brune au goût rappelant le bœuf et les champignons plutôt que la tomate et les épices à barbecue. Il en est de même pour le fromage «kwick kwick» si distinctif du cheddar en grains. Provenant de la Fromagerie des Basques, ce fromage à poutine a un goût différent, pas nécessairement plus prononcé, et se démarque des autres grâce à la fraîcheur absolument irréprochable de sa pâte. Sa texture lisse et ferme est époustouflante. C’est après avoir dévoré deux sacs de crottes de fromage que je réalise qu’il est impossible d’en trouver à Montréal!

Fromagerie des Basques

Pour me faire oublier cette injustice des plus immondes, je retourne marcher au Bic plus tard dans la semaine. Les heures passent et je me rends à la Cantine de la Mer, affamée. Fish and chips Cantine de la merJ’ai compris pourquoi il y avait une file à ce restaurant perché en bordure de l’autoroute. Leur fish and chips est à tomber par terre. Que dis-je, donnez-moi un kayak pour que je puisse m’y rendre avant demain midi! Le poisson est goûteux, frais, moelleux et enrobé d’une panure dorée et croustillante. J’en mangerais jusqu’à l’écœurement!

Le Québec est beau à voir, bon à manger!

http://www.ville-trois-pistoles.ca/

http://www.sepaq.com/pq/bic/

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Poulet du dimanche, version Thomas Keller

Ceci n’est pas un combat de chefs.

J’ai déjà vanté les mérites d’un poulet cuit pendant de longues heures avec la recette du chef Heston Blumenthal. En résumé, il dit que nous faisons trop cuire notre poulet et que c’est de cette manière que nous perdons tous les jus.

Woooo! Minute papillon moléculaire!

C’est dimanche soir. Pas envie de prendre 3 jours à préparer un poulet et je veux que la maison sente bon.

Devant mes yeux, il y a la recette de chef Thomas Keller et, dans mon esprit, la voix de chef Blumenthal qui pèse dans la balance. Je dois faire un choix: cuisson à 425 degrés pendant une heure ou me taper 436 étapes pendant 3 jours.

Voyez-vous, la recette de Keller est si simple qu’on croirait qu’on se fait niaiser d’aplomb devant nos fourneaux.

D’ailleurs, la voici:

Le poulet rôti simplissime de Thomas Keller

(pour 2 personnes)

– 1 poulet très frais de 2-3 livres
– sel et poivre
– ficelle de boucher

1. Sortir le poulet du frigo et le laisser 45 minutes à température pièce. C’est pour ne pas traumatiser la chair de la pauvre bête lorsqu’elle sera au chaud.

2. Préchauffer le four à 425 degrés.

3. NE PAS RINCER LE POULET. Sécher l’intérieur et l’extérieur du poulet à l’aide de papier essuie-tout.

4. Saler et poivrer l’intérieur.

5. Ficeler la volaille. Pour vous aider, voir la technique suivante.

6. Saler et poivrer généreusement toute la surface extérieure (environ 1 c. à table chacun).

7. Placer le poulet sur une rôtissoire et lorsque la température a atteint 425 degrés, déposer le tit oiseau au centre du four. Faire cuire pendant une heure à découvert. NE PAS OUVRIR LA PORTE DU FOUR. Je répète: NE. PAS. OUVRIR. LA. PUTAIN. D’PORTE.

8. Après une heure ou lorsque le poulet est bien rôti, le sortir et le laisser reposer pendant 15 minutes.

Poulet de Thomas Keller

Les instructions ne sont pas à titre indicatif. Pour avoir une peau croustillante et une chaire juteuse, il faut traiter la volaille avec le plus grand respect.

Notez bien que cette recette ne convient pas au moineau de 12 livres. Il se pourrait que le poulet demande davantage du temps de cuisson.

Voyage d’affaires à Atlanta

Mon conjoint est allé à Atlanta dans l’État de la Géorgie pour son boulot. Bien évidemment, j’étais curieuse de connaître ce qu’il s’est mis sous la dent et c’est un honneur pour moi de lui faire une petite place parmi mes expériences de bouffe sur ce blogue.

24 août, premier souper southern chez Cracker Barrel:

Assiette:
Fried catfish (poisson-chat frit)
Fried okra (okra frit)
Mac n’ cheese
Turnip greens (des feuilles de navet cuites dans de l’eau de jambon)

Souper chez Cracker BarrelVerdict: le poisson-chat, c’est goûteux et pas mauvais du tout. L’okra a un goût ressemblant aux haricots verts mais avec un peu plus d’amertume (ça me rappelait vraiment quelque chose mais je n’arrive pas à mettre le doigt dessus. AH BEN TAB’, ça me rappelait l’endive cuite – mystère élucidé). Le mac n’ cheese était crémeux mais plutôt faible en saveur. Les turnip greens... pas mon truc: j’en ai mangé la moitié de mon petit bol et j’en ai eu assez.

25 août, l’authentique barbecue chez Smoke Jack.

Assiette: Mojo Smoke Combo
Burnt ends (plat typiquement américain… un peu inutile de le traduire)
Brisket (poitrine de bœuf)
Pulled pork (porc effiloché)
Légumes grillés sur charbon de bois
Frites

Souper chez Smoke Jack

Où commencer? Le pulled pork est savoureux, gras à souhait. Petit goût fumé et trempé dans une sauce un peu vinaigrée mais principalement sucrée. Ça fond dans la bouche. Le brisket, qui se présente un peu comme des tranches de rôti de bœuf, est nappé d’une sauce semblable à celle du pulled pork un petit peu plus fumée. La viande se défait toute seule sous la fourchette. D’ailleurs, le couteau n’a pas été utilisé du tout du repas. Et le clou de la soirée: les burnt ends. Un goût fantastique, le côté cramé n’est pas aussi présent que je l’aurais cru. Sauce vinaigrée et sucrée et fumée en même temps. Le seul mot qui vient en tête, c’est « savoureux ».

Les accompagnements n’ont rien d’incroyable. Les frites américaines restent désolantes: trop salées, croustillantes à l’extérieur et moelleuses à l’intérieur – on dirait des frites surgelées commerciales. Les légumes sont quelque peu fades et c’est dommage pour quelque chose de grillé sur du bois.

26 août, voici mon appréciation du Marietta Diner.

Nous approchons rapidement du Diner. Je vois apparaître un hybride entre un jukebox des années 50 et un restaurant. La façade est complètement couverte de néons de trois couleurs. 

Souper chez Marietta Diner

Une fois assis et après avoir commandé une Stella Artois, le party commence. La serveuse apporte une boule de pain challah (pain aux œufs sans levain qui contient un peu de cannelle – un peu comme une brioche) et une assiette de spanakopita qui sont offerts gratuitement. Ils sont délicieux, dorés, faits avec de la pâte phyllo et ne contiennent pas la quantité de sel et de fromage feta qui ruinent souvent ce mets.

Spanakopita Marietta Diner
J’ai suivi ton conseil et demandé les meilleurs vendeurs à la fort sympathique bien qu’un peu expéditive serveuse. Elle me répond par « breakfast, lunch or dinner? » avec un air moyennement amusé. Je réponds « dinner ». Elle enchaîne tous ses meilleurs vendeurs l’un après l’autre à une vitesse étourdissante; elle connaît son affaire. Comme de fait, j’ai choisi les côtelettes d’agneau, parce que tsé, chu moé! Avant qu’elle ne parte, je lui demande combien de côtelettes il y a dans l’assiette et elle me répond « 8 or 10 ». Woah! Avec cette assiette, j’ai droit à un choix de soupe ET de salade. J’opte pour la soupe matzo ball et la salade du chef avec une vinaigrette miel-Dijon.

Matzo ball Marietta Diner

J’ai toujours été curieux de savoir ce que goûtait la matza. Eh bien, c’est en fait une soupe de poulet et nouilles mais pas de nouilles: tu remplaces les nouilles par une espèce de grosse boule de craquelins mouillés tous amalgamés. Ça sonne peut-être dégueu mais c’est très bon. Il y avait un petit morceau de poulet qui flottait dedans aussi.

La salade était très bonne mais c’était exactement ce que ça disait, une salade du chef avec une vinaigrette miel-Dijon.

Orgie d'agneau Marietta Diner

Voici qu’arrive le plat principal. La grosseur de l’assiette!!! Tsé quand on parle du genre d’assiette américaine qui a pour but que soit tu ne seras pas capable de la finir ou que tu vas te ramasser dans un coma digestif? Ben c’est drette ça! J’en avais pas encore vu depuis mon arrivée aux États-Unis et je commençais à me demander si ce n’était qu’un mythe… Ben non! La v’là l’assiette en question! Huit côtelettes « bébé » d’agneau, des rondelles d’oignon, des épinards, des morceaux de courgettes, de carottes et de poivrons, un champignon farci avec de l’ail, du crabe et je ne sais plus trop quoi.

J’attaque l’agneau. La cuisson est parfaite, la viande succulente mais, ils ont oublié un principe fondamental: comme le disait l’autre connard (N.D.L.R: le personnage de Karadoc dans la série française Kaamelott): le gras, c’est la vie!. Pas un petit morceau de gras sur ces lollipops d’agneau, pas la moindre petite languette pour égayer mes papilles. C’est quand même très bon mais je m’avoue quelque peu déçu. Les oignon rings sont excellents, pas trop graisseux, un peu sucrés et salés. Le champignon farci est ce que j’attaque ensuite. Comme on dit à la maison: aah-yéééah (N.D.L.R.: lire ici aillé). Je ne sais pas ce qu’il y avait dans ce champignon mais c’était vraiment très bon. Les épinards et les légumes sont fades, sans vraiment d’intérêt. Je picore un peu cette partie de l’assiette mais le cœur et le goût ne sont pas au rendez-vous. Je me concentre plus sur l’agneau.

Quelque temps plus tard, je finis difficilement mon dernier morceau d’agneau – je suis repu et satisfait. Ce fût, somme toute, une très agréable expérience et je crois que le Diner mérite bien sa réputation et sa célébrité.

Liens:
Cracker Barrel: www.crackerbarrel.com/
Smoke Jack: www.smokejackbbq.com/
Marietta Diner: www.mariettadiner.com/

Mon road trip à Ogunquit

Lundi matin, mi-mai. Il fait beau, frais et je suis libre.

Je pars à Ogunquit. Place de pépères me direz-vous. En plein ça que je cherche; la lenteur, le calme, la sainte crisse de paix, quoi. Curieusement, en parlant de mes projets de vacances à mon entourage, l’opinion des gens sur cette destination se classe en deux catégories bien distinctes: soit qu’ils ne savent pas de quoi je parle, soit que cette petite ville du Maine est leur paradis de sable favori et qu’ils y retournent à chaque année. Ça promet.

Je suis en voiture et heureuse de quitter Montréal. Les routes de la région de la Nouvelle-Angleterre sont lisses, larges et les gens semblent rouler harmonieusement parmi les vallées luxuriantes vermontaises et new-hampshiriennes. Ça fait grandement changement.

5h30 de route plus tard, nous voilà arrivés à Ogunquit, au Maine. La vue est saisissante: la mer se pointe le bout du nez entre deux resorts. L’air marin et la brise nous accueillent avec légèreté. Je suis émue.

Anchorage by the Sea

Nous sommes logés à Anchorage by the Sea, un hôtel perché sur les massifs rocheux où le gazon est encore plus vert et plus parfait que chez votre voisin. Le village de vacances est impeccable. On mangerait par terre tellement c’est propre. En plus, ça parle français dans les rues. Ça fait grandement changement.

Ogunquit Beach, bitch!

En sortant de la voiture, je remarque que les lilas sont en fleurs, les oiseaux font cui-cui et moi, j’ai atteint mon 8e coma diabétique. J’ai faim. J’veux un lobster roll. Là.

Évidemment, qui dit station touristique dit j’vais-te-charger-trois-fois-l’prix-pour-la-bouffe. Feh.

Nous empruntons le Marginal Way, petit sentier pris en sandwich entre les hôtels et l’océan Atlantique. J’pense à un sandwich et je me bave dessus. Lobster roll. Lobroll ster. Rollster lob. Blor ollster. J’hallucine.

Arrivée au Lobster Shack à Perkins Cove, je veux et j’exige un lobster roll. Je veux et j’exige de le manger devant la mer, le vent dans l’toupet. Je ne suis pas déçue. Il faut juste réanimer mon conjoint quatre fois lorsqu’il voit le prix pour deux sandwichs, deux portions de croustilles, deux salades de chou et deux boissons gazeuses: 42 piastres. US. Viarge.

Lobster roll

L’appétit nous dévore et nous nous installons rapidement sur un banc de bois, la fraise tournée vers les vagues. Nous engloutissons cette guédille au pain grillé avec enthousiasme. Les morceaux de homard sont tendres, énormes!, et le pain est délicieux. La seule chose qui me fait sourciller, ce sont les croustilles: pourquoi ne pas avoir choisi les chips Cape Cod?!

Une fois la digestion terminée, nous nous rendons à l’épicerie la plus près, en dehors du cercle touristique. Déjà qu’on s’est fait ramoner sauvagement le derrière avec les lobster rolls, on ne se fera pas avoir avec l’alcool. Doux Jésus. Il y a à peu près la moitié d’une rangée consacrée au whiskey, vodka et autres liquides diaboliques… devant les chips et les cochonneries trop salées. Ils l’ont-tu l’affaire les Amarécains…!

De retour à l’hôtel, j’ai cette envie pressante de me promener sur la plage pieds nus dans l’eau. Elle est frette même en pleine canicule au mois d’août, qu’ils disent. Ouain, pis?

C’est une de ces expériences qu’on ne peut répéter ailleurs. C’est singulier. Être en contact avec le sol, sans contrainte, c’est libérateur. La fraîcheur de l’eau, c’est secondaire. Alors que le ciel se couvre et que la brume nous entoure, j’ai Yellow de Coldplay qui tourne en boucle dans ma tête pendant que je traverse le paysage côtier.

Yellow

Le lendemain et les jours suivants, nous marchons pendant des heures. Nous arrivons à l’hôtel, brûlés par la fatigue et nous nous levons tôt le lendemain pour savourer les variations de lumière à la plage jusqu’à la tombée du jour, un verre à la main. Il y a de la beauté naturelle partout, en tout temps.

Beauté Ogunquit

Je me rends compte que, ce qui m’importe, c’est la mer et la bouffe. Les gens sont gentils, les fleurs sont jolies, les maisons sont bien entretenues mais je m’en balance de tout ça, en vérité.

Je ne peux pas être plus heureuse que lorsque je m’assois devant l’océan avec une chaudrée de palourdes maison sous mon nez.

Chaudrée de palourdes

Il n’y a rien qui puisse surpasser le bruit des galets qui glissent vers la mer.

L'eau sur les galets

Il n’y a rien comme le son profond et impressionnant des vagues qui frappent violemment les rochers noirs.

Vagues violentes

Il n’y a rien comme l’air frais que je respire pendant que mes pieds s’enfoncent dans le sable trempé.

Pieds dans l'eau

Il n’y a rien comme ce sentiment de liberté rafraîchissant alors que je lâche prise.

Si j’avais à mettre un mot sur cette expérience, je la décrirais comme inspirante parce que, devant cette immensité, le sentiment est si puissant qu’il est simple pour moi de tasser les choses insignifiantes que j’ai priorisées jusqu’à présent. J’oublie facilement ce qui mine mon énergie. Ça n’a plus aucune valeur à mes yeux. C’est comme si l’air marin nettoyait l’esprit. Les idées se simplifient. Le rythme est au ralenti. Je ne suis pas plus lente, je suis simplement plus attentive à ce qui se passe à l’intérieur, d’abord, et autour, ensuite.

Ogunquit paysage

Je vois de l’inspiration dans le rythme des vagues: peu importe les tempêtes, le mouvement de l’eau reste le même depuis des millions d’années. L’océan peut être imprévisible, certes, mais il reste fidèle à sa propre nature. Il en n’a rien à cirer des marins, des oiseaux, des poissons et des bateaux. Il prend et donne avec désintéressement. Il n’y a pas de haine ou de colère chez lui: ce ne sont que des perceptions externes. Avec les marées hautes et basses, il crée une nouvelle musique, une nouvelle poésie à chaque jour. Il vit pour lui-même. C’est tout. Son souffle lui est propre et ce qu’il offre, en l’occurrence la beauté, le divertissement et la nourriture, est un cadeau pour moi.

Ça fait grandement changement.

Ogunquit au soleil

Bistro CoqLicorne

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Coq licorne, 1952, Jean-Philippe Dallaire (1916-1965). Musée national des Beaux Arts de Québec.

C’est par une belle soirée d’hiver que je me retrouve au Bistro CoqLicorne situé dans le Vieux-Hull à Gatineau. C’est le 23 décembre, le temps est doux mais le ventre est vide.

André me dit que les Mardis Poutine et les tapas sont à se rouler par terre. Je suis déjà conquise.

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La nervosité grouille dans mes pieds et j’entre comme une flèche dans ce restaurant aux lumières tamisées et à l’ambiance très chaleureuse. Bois, rouge et chandelles. Nous sommes accueillis avec un large sourire. Ça tombe bien et c’est bon signe; André y mange régulièrement.

Le menu se divise en 3: la première partie est réservée aux soupes, salades, sandwichs, grillades et nachos. La seconde, pour les tapas et la troisième pour l’alcool.

J’ai soif! À boire! Pendant que mes deux compagnons sirotent une bière de micro-brasserie, je m’enivre doucement avec le coq-tail (oui! oui!) Les Trois Mousquetaires: sangria de vin rouge, porto, Triple Sec, jus d’orange, 7up et soda. Miam!

Coq-tail Les Trois Mousquetaires

La faim et la curiosité prennent toute la place dans mon cerveau et je ne comprends toujours pas pourquoi la table d’à côté est remplie de bouffe mais que le couple ne s’empiffre pas, préférant la discussion légère. Oh! Je vois! C’est le style d’ambiance prendre-son-temps-et-savourer-chaque-minute-parce-que-le-feu-n’est-pas-pris-dans-la-cabane. Bien reçu. Ils ont raison après tout. Je me déraidis, m’enfonce dans ma chaise et, tout en sirotant mon verre, des étoiles font la roue dans mes yeux.

Tout comme mes deux autres compagnons, je jette mon dévolu sur les délicieux tapas qui tapissent notre table, préférant le partage plutôt que l’isolement dans une seule assiette. Difficile de choisir quelle bouchée se rendra en premier à mes dents parce qu’évidemment, tout à l’air appétissant.

Caius Julius César: laitue, bacon, parmesan frais, citron, vinaigrette crémeuse, pain à l’ail.

Caius Julius César

Le péché originel: crostinis, pomme, beurre épicé, oignons caramélisés, cheddar grillé.

Le péché originel

El Dorado: boules de mac and cheese frit.

El dorado

Les 3 amigos: mini tacos de porc effiloché, guacamole, salsa, chou rouge et lime.

Les 3 amigos

Pendant que ces messieurs se garrochent allègrement dans leur poutine du mardi, j’examine ma salade césar. Je suis une fan, non, une esclave de cette salade. Cependant, mon amour pour ce plat mexicain (il semble avoir été créé à Tijuana par le restaurateur italien Caesar Cardini. Mais bon, la salade césar, c’est comme la poutine ou la sauce à spaghetti; quand un plat est bon, tout le monde se crêpe le chignon pour en revendiquer la paternité…) – je disais? ah oui! – mon obsession pour cette salade cache une stratégie qui m’est chère: je me fais une idée d’un restaurant par la façon dont il traite les ingrédients de la salade césar.

En effet, je me pose les questions suivantes: la laitue est-elle délicatement touillée dans un peu de vinaigrette plutôt que dans une marre gluante? Les croûtons sont-ils faits maison? Est-ce du vrai bacon? Le parmesan est-il frais? Dans le cas du CoqLicorne: oui, oui, oui et re-oui (il faut mentionner qu’ils fument eux-mêmes leur viande, leur poisson et leur fromage). Je n’ai pas terminé de répondre à ces questions intérieures que j’agrippe le tapas près de moi.

Difficile de faire une critique cérébrale: tout est délicieux, frais et rassasiant. Le plus agréable, c’est l’idée de partage avec la formule tapas. Pour les poutines, il ne faut pas s’attendre à la classique sauce-brune-fromage-scouic-scouic. Ici, on vous sert des frites de patates douces ou du porc effiloché, une sauce au bleu ou des pommes de terre rattes confites au gras de canard. C’est pour l’amour de la bouffe et de la panse bien remplie, tout simplement.

Ouf. C’est le moment de prendre de l’air avant de se mouiller la luette avec le shooter CoqLicorne (Jameson Irish Whiskey, Sortilège et bacon).

Le CoqLicorne

C’est l’heureuse overdose de bacon.

CoqLicorne adresse

Le CoqLicorne: produits frais, bières québécoises, vins d’importation privée, café bio et équitable, service sympathique et de qualité. Je le recommande. J’y retourne, j’ai hâte.

Avez-vous dit chocolat?

Un ami m’a apporté du chocolat aujourd’hui. C’était une livraison spéciale pendant mon heure de lunch au bureau, en vélo pis toute. J’avais l’air d’une gamine invitée à un party de ballounes dans un open house d’une usine Hershey avec le Père Noël qui distribue ses cadeaux en plein mois de juillet.

Ledit chocolat, l’élu de mon estomac, c’est la barre Premier Cru Supérieur Good & Evil, collaboration vachement intéressante entre les chefs Anthony Bourdain et Éric Ripert sans oublier la touche talentueuse de Christopher Curtin, maître chocolatier.

Good & Evil

Le but, selon eux, est d’angéliser l’idée démoniaque que le chocolat, ben, c’est péché, c’est mal, vous voyez? Et si la rareté du produit, sa qualité et notre expérience liée à la dégustation de cette gourmandise faisaient justement en sorte qu’on se sente un peu «sinfully evil» dès la première bouchée?

Anthony BourdainChristopher CurtinÉric RipertIl y a trois raisons qui justifient mon excitation: d’abord, c’est hyper classe de se faire apporter un produit qui vient de loin et ce, par surprise. Eh oui, ce chocolat ne se vend pas au Canada (de plus, au moment où je vous écris, il est en rupture de stock à la boutique en ligne). Également, un numéro est inscrit à l’endos, probablement pour dissuader les uns d’en refiler une pauvre copie aux autres.

C'est le 7162e!

Jusqu’à présent, y’a de quoi s’exciter les glandes salivaires.

Ensuite, si vous visionnez l’épisode Parts Unknown au Pérou (saison 1, épisode 7), vous serez en mesure de constater que le voyage effectué par Anthony Bourdain et Éric Ripert pour mettre la main sur ce cacao ressemble plus à un rituel initiatique qu’à une approche mercantile.

Cultivé dans les forêts au cœur des montagnes péruviennes, le cacao semble être aussi recherché et prisé que l’or. Comme le soutient Bourdain, nous sommes obsédés par le chocolat, nous le fétichisons, nous nous saturons de cette friandise qui semblait si commune auparavant mais qui devient de plus en plus raffinée… tout comme le vin. Cela fait en sorte qu’il devient difficile de trouver «the good stuff».

Good & Evil s’inspire également des traditions pré-colombiennes où les Aztèques utilisaient déjà la fève de cacao dans une boisson considérée comme sacrée et divine… et, au goût, la fève de cacao moulue n’a rien à voir avec les Nutella, les Nestlé et les Hershey de ce monde: l’amertume et l’absence totale de goût sucré sont soulignées.

Pour en revenir à la randonnée de Bourdain, il faut mentionner qu’elle ne s’achève pas sans un rituel de passage particulier: un chaman l’accueille et le purifie en le débarrassant de ses vibrations négatives avant qu’il puisse entrer dans les montagnes. Ça n’a pas l’air de lui faire un pli sur le duodénum à ce Bourdain. Arrivé au canyon Marañón dans les Andes, il constate que le chemin devient difficile d’accès: c’est le prix à payer pour offrir de la qualité et du luxe. Peu importe les conditions, il finit par mettre les pieds dans les cultures de cacaoyers.

Le cacaoyer est l’arbre qui produit des gousses. Pour faire du chocolat, ces gousses sont ouvertes et les fèves sont retirées. Elles sont ensuite séchées puis rôties. Par la suite, elles sont extraites de leur pulpe sèche et sont moulues. Cette étape permet de faire de la liqueur de chocolat. En mélangeant cette pâte concentrée à du lait, du sucre et du beurre de cacao, on obtient du chocolat.

Finalement, qu’est-ce qui fait en sorte que Good & Evil est si particulier? C’est dans la qualité supérieure du goût et dans la façon dont le cacao est traité. Également, inutile de mentionner que je faisais déjà confiance au bon jugement de goût des chefs Ripert et Bourdain. J’y reconnais le même sentiment que lorsqu’un ami vous dit: eille, tu devrais essayer ça!

Bon, bon, bon, voici le moment tant attendu qui justifie mon emballement: qu’est-ce que ça goûte? De quoi ça l’air? Laissez-moi vous décrire ce que les photos ne disent pas.L'écrin rougeD’abord, oubliez votre envie de déguster l’objet de votre désir en pleine rue. Ce chocolat soigneusement emballé dans un écrin rouge reluisant et cintré est impossible à ouvrir sans tout péter ce qu’il y a à l’intérieur. Bonjour le coup de ciseaux. J’en déduis que ce n’est pas qu’une simple friandise à engloutir à la hâte: c’est l’art de prendre son temps et de déshabiller son chocolat correctement.

Chocolat Good & Evil

À première vue, la texture est lisse, uniforme. Il n’y a ni décoloration ni trou. En brisant un morceau, je constate qu’il fond à peine et ne laisse surtout pas de traces huileuses et graisseuses sur les doigts.

Au nez, c’est la noix et le bois qui me viennent à l’esprit. Je ne sens aucunement l’odeur vanillée archi-sucrée retrouvée dans les chocolats industriels.

Entre les dents, il s’abandonne à la morsure, il se laisse mastiquer sans fondre immédiatement. Sur la langue, il offre une note très discrète d’écorce d’orange et une amertume aussi agréable et délicate qu’un café au lait. Je m’évite ainsi un massage improvisé des mâchoires.

Lorsque la langue rencontre les petits éclats de cacao, c’est le bonheur total: c’est ce qui vient oumpfer l’expérience. Les éclats sont répartis également dans toute la palette comme si les créateurs de ce petit bijou me disaient: vas-y, tu mérites cette harmonie, chaque bouchée sera aussi délicieuse que la précédente.

Fair enough. Mais à 22$ la tablette, est-ce que j’en achèterais une autre? Oui, bien sûr. Cependant, ça ne sera pas pour demain. C’est une expérience à vivre un morceau à la fois, un peu en retrait du quotidien. Ce n’est pas qu’une barre de chocolat à s’envoyer tout rond dans le fond de la gorge parce qu’on veut assouvir une rage de sucre. Non. C’est à déguster avec lenteur, certes, mais en ayant derrière la tête la notion de respect et surtout de reconnaissance pour les gens qui travaillent derrière sa production et pour ceux qui pensent à nous, les obsédés de cacao.

Me suis-je sentie good? Me suis-je sentie evil? Je me suis surtout sentie privilégiée.

Good & Evil, c’est pour les vrais amoureux de chocolat qui recherchent de l’équilibre, de la douceur et du luxe.

https://www.eclatchocolate.com/product/good-and-evil-bar/

De moules et de frites

Plat très populaire au nord de la France et en Belgique, l’union moules-frites est aussi pertinente que le beurre sur le pain, le concombre avec la tomate ou le chocolat avec le lait.
 
Ça fitte, c’est tout. C’est simple. C’est dans la face. Les bijoux de la terre et de la mer font bon ménage, dans ma bouche en tout cas.
 
Dans l’esprit québécois, si vous avez la même perception que la mienne, l’idée du moules-frites rappelle les soirées chaudes à la terrasse, les pieds dans l’herbe et le pif rosé dans un verre de blonde pétillante et rafraîchissante ou de pinot blanc fruité d’Alsace.
 
Il ne faut pas oublier la mayonnaise avec les frites et surtout, surtout!, il faut laisser émerger ce plaisir de manger avec ses doigts.
 
PRÉPARATION DES MOULES
 
– un sac de moules (prévoir environ 1 kilo et demi par personne)
– eau froide
– 1 paire de mains
 
Regardons les choses simplement. Pour se fixer à une paroi, la moule sécrète des fibres dont l’ensemble se nomme le byssus ou la barbe si vous préférez. Il se peut que vos mollusques affichent une gueule barbue: il suffit de tirer sur les filaments pour ébarber votre moule. Pas besoin d’aller chercher un rasoir.
 
L’essentiel est de s’assurer que la moule est fraîche. En effet, en les plongeant quelques minutes dans l’eau très froide, vous pourrez vous débarrasser des coquilles ouvertes ou brisées puisqu’il est déconseillé de manger leur contenu. Si des moules se referment aisément ou font des bulles, c’est qu’elles sont bien vivantes et peuvent terminer leurs beaux jours dans votre estomac. Si elles vous parlent, reculez lentement et sortez de votre cuisine.

Moules et frites

                                                             MOULES À LA NINI
 
– 1 grosse tomate coupée grossièrement
– 2 gousses d’ail hachées finement
– 1/4 de tasse d’oignon coupé grossièrement
– 1/2 tasse de vin blanc sec
– pincée de fines herbes italiennes séchées
– un peu de beurre
 
1. Sortir une casserole très profonde. Faire revenir l’oignon et l’ail dans un peu de beurre à feu moyen-élevé. Ne pas faire brunir.
 
2. Ajouter le vin et faire cuire 2 minutes en brassant souvent. 
 
3. Ajouter les moules, la tomate et les fines herbes italiennes. Couvrir et vérifier la cuisson des moules. Si elles sont ouvertes, c’est qu’elles sont cuites!

Comme j’aime manger avec mes doigts, rien n’égale la dégustation de moule avec une coquille!

Dégustation de moulesServir avec des frites dorées et de la mayonnaise à l’ail.
 
À boire! Suggestion de bière blonde (ou blanche) ou du vin blanc. Allez-y, expérimentez!

Le lapin est passé

Comme une gamine de 6 ans qui est tombée dans une marmite de Red Bull, je me tortille en attendant que mon conjoint se réveille. Il n’est même pas 8 heures. Je piétine d’impatience dans le salon. Ça y est, j’me lève, c’est insupportable. Je vais le réveiller. Tout est dans la manière de le faire sinon j’ai droit à un reniflement de désapprobation et du chougnage.

Que la chasse commence!

Mon impatience est légitime: j’ai vu un bout de papier brillant et coloré dépasser de la chandelle dans ce coin et un petit oeuf en chocolat qui traîne tout bonnement dans ce verre sous le bar. À presque 30 ans, j’ai encore ma chasse aux oeufs et je revendique mon droit d’être gaga…

Lapin, poule et poisson

Si le matin de Pâques fait ressortir mes traits immatures d’enfant terrible du cacao, je me réserve tout le reste de la journée pour faire l’adulte et cuisiner pour mon cher conjoint qui, espérons-le, commence à oublier ma série de cris de joie traumatisants et stridents à la vue du chocolat.

L’overdose est encore bien loin.

Pendant que le jambon aux épices jamaïcaines et à la bière rousse cuit doucement au four, les fromages fins, la baguette tranchée, le p’tit blanc pétillant et les oeufs farcis s’amusent à m’ouvrir l’appétit.

Oeufs farcis

Rétro, quétaine, mettez l’adjectif que vous voulez mais je sais que vous ne pouvez résister à ces bouchées tendres et soyeuses.

OEUFS FARCIS POUR DEUX

– 4 oeufs

– 2 c. à table de mayonnaise

– 1/2 c. à table de Dijon

– ciboulette au goût

– 1 pincée de piment de cayenne moulu

– 1 pincée d’ail en poudre

– sel et poivre

– olives farcies tranchées en deux

– paprika doux

1. Déposer les oeufs dans une petite casserole et couvrir d’eau froide. Cette étape est importante car les oeufs risquent de se briser lorsqu’on les met immédiatement dans l’eau bouillante.

2. Lorsque l’eau commence à bouillir, cuire pendant 7 minutes.

3. Retirer la casserole immédiatement et plonger les oeufs dans de l’eau très froide pour arrêter la cuisson. Enlever la coquille dès qu’elle tiédit.

4. Couper les oeufs en deux sur le sens de la longueur. Avec une petite cuillère, retirer délicatement les jaunes et les mettre dans un bol.

5. Réduire les jaunes en purée avec une fourchette. Ajouter tous les ingrédients sauf le paprika et les olives.

6. Farcir chaque moitié d’oeuf avec la garniture à la cuillère, à l’aide d’une poche à pâtisserie ou avec un sac en plastique style Ziploc (il faut couper une des extrémités. C’est la version rapide de la poche à pâtisserie.)

7. Insérer les demies olives dans la garniture.

8. Étape essentielle: couvrir d’un film plastique sans écraser les oeufs et réfrigérer pendant quelques heures. À la sortie du plat, saupoudrer de paprika.

Pour se sucrer le bec (comme si ce n’était pas déjà fait avec le chocolat de Pâques!), qui dit printemps dit tarte Tatin. Ce dessert solognot est issu d’une heureuse erreur. En effet, une des soeurs Tatin aurait oublié de mettre une abaisse en dessous des pommes et l’aurait enfournée avec une seule abaisse par dessus les fruits.

Tarte Tatin

TARTE TATIN

– une abaisse de pâte sablée, feuilletée ou brisée

– 6-7 pommes Royal Gala, Cortland (ou n’importe quelle pomme qui tient à la cuisson), épépinées et coupées en quartiers

– 1/3 de tasse de beurre

– 1/3 de tasse de sucre

– 1 c. à soupe d’eau

– jus de citron

– cannelle (facultatif)

1. Préchauffer le four à 400 degrés F.

2. Éplucher, épépiner et couper les pommes en quartiers. Arroser de jus de citron pour éviter qu’elles brunissent.

3. Pendant ce temps, faire fondre le beurre dans une poêle en fonte ou dans un moule à tarte tatin à feu moyen-fort. Ajouter le sucre et l’eau et brasser souvent pendant plusieurs minutes jusqu’à ce que l’appareil prenne la couleur d’un caramel blond.

4. Retirer du feu. Disposer les pommes bien serrées dans la poêle. Recouvrir avec la pâte et s’assurer que le surplus glisse vers l’intérieur afin de bien emprisonner les pommes.

5. Mettre au four pendant 20 minutes ou jusqu’à ce que la pâte soit dorée.

6. Laisser tiédir au moins 20 minutes (la fonte, c’est chaud longtemps!) avant de retourner la tarte sur une assiette de service.

À servir nature, avec de la crème glacée ou avec un filet de crème épaisse.

Les expériences culinaires amoureuses

La St-Valentin. L’excuse parfaite pour roucouler comme un pigeon à l’ouverture de la bouteille de champagne et faire les yeux doux à son conjoint pendant qu’on s’empiffre de chocolats haut de gamme. De son côté, il s’imagine peut-être qu’un vêtement glissera nonchalamment à côté du corps de sa douce à chaque remplissage de son verre (parce que mine de rien, commencer la soirée avec des bulles avant de manger, ça peut rentrer dans l’dash en tab…). De son côté à elle, elle espère ne pas être trop saoûle pour marcher, mais juste assez pour avoir un certain contrôle durant la soirée.

Champagne Veuve ClicquotSi ce type de scénario avait à se pointer le bout du nez (ou de la rose, parce que c’est toujours plus agréable de recevoir un bouquet de roses que de nez même si je suis pas trop flower power), c’est clair que nous, les réalisateurs, acteurs, monteurs et gérants de cinéma de notre intimité (vraiment, ça demande beaucoup d’attention sur tous les plateaux de notre longue séquence amoureuse), nous n’aurions jamais voulu reproduire cette scène classique dans un restaurant. Remarquez que je n’ai absolument rien contre les gens qui s’excitent à enlever leur ceinture de pudeur dans les lieux publics, mais ce n’est pas là la question; j’veux parler de bouffe, pas de touffes.

Idée de génie du siècle du vendredi 14 février: rester en légère tenue, au chaud, chez soi, au naturel plutôt qu’en paillettes, les pieds dans des bas en poil de moumou qui glissent partout plutôt que dans les talons hauts. Meilleure décision à vie de choisir le traiteur de l’Europea pour nous sentir chouchoutés par toute leur bienveillance et leur savoir-faire. Ils pensent à tout, vous savez.

Traiteur EuropeaC’est en me délectant d’avance en bavant allègrement sur mon clavier que j’envoie un courriel à Europea Espace Boutique pour leur énumérer ce que je voudrais bien me mettre sous la dent. Je prends même la peine de spécifier que je ferais des bassesses pour du chocolat au dessert et que mon copain est friand de fruits ou de caramel. Sans péter votre bulle, sinon sans vous tenir en haleine inutilement (ou en mauvaise haleine si vous lisez cette histoire au réveil ou que vous souffrez d’halitose (va falloir faire checker ça parce que ça scrape les bonnes expériences culinaires)), ma requête ne s’est pas retrouvée dans le département des espoirs perdus. Petit bémol: même si leur menu par internet est très accessible, l’idée d’un formulaire avec des cases à cocher, à remplir et à envoyer par courriel ou par fax afin d’alléger la tâche sans devoir répéter sa commande de vive voix ou par écrit aurait été la bienvenue. Mais bon, c’est la nourriture qui intéresse.

Formule tout froid

Comme j’ai choisi un repas qui se mange froid, la faim se comble rapidement. En entrée, nous dégustons une salade d’endives recouvertes d’une généreuse portion de Bleu Bénédictin. La qualité exceptionnelle des tomates cerises, des raisins et des noix de Grenoble montre bien la mission de l’Europea, de leur restaurant jusqu’au traiteur: offrir le meilleur, que ce soit dans le plus petit détail ou dans la simple présentation de l’aliment.

Les plateaux repas sont soigneusement placés dans des grandes boîtes blanches et grises enveloppées par l’amour du bien-faire. Une aura semble émaner autour de ces plateaux étampés par le sceau de l’excellence culinaire. En ouvrant la boîte, nous voyons que tout est prêt: le beurre, le sel et le poivre sont offerts de même que les couverts qui sont délicatement retenus par du ruban argenté. Chacun des plats est méticuleusement disposé dans un cocon de plastique transparent afin que notre regard puisse s’en prendre plein la gueule avant même que la main ouvre maladroitement les coffrets dans un tourbillon d’excitation.

À moins de 30$ par personne, nous profitons du foie gras et du saumon fumé en entrée, de l’appétissante queue de homard avec une rémoulade de céleri rave à l’huile de truffe ainsi que des tranches ultra-tendres de rôti de veau accompagnées de légumes grillés rappelant la réconfortante ratatouille. Après le repas principal, nous goûtons à un excellent cheddar de chèvre noir et des figues bio.

Cheddar chèvre noir et figue

Pour dessert, ils ont tout compris: je suis morte de plaisir sur place avec ma dose de chocolats et mon conjoint s’est réjoui de sa tarte à la framboise et à la pistache.
Tarte au chocolat
Tarte framboise et pistache
Mais ce n’est pas tout! Croyez-vous vraiment que j’allais satisfaire ma curiosité en arrêtant mon choix que sur un seul dessert?
Macarons et tache de vin
Je veux des macarons! J’exige des macarons! J’ai laissé le choix de la palette de saveurs à la maison et je suis agréablement surprise par celui au chocolat et à la noix de coco.
Paris-Brest
Le Paris-Brest, pâte à choux aérienne fourrée de crème mousseline pralinée avec d’énormes noisettes et des amandes effilées, est chaudement accueilli pour satisfaire la rage de noix.

Malgré tout ce plaisir, il y a un MAIS, un gros MAIS. Soyez avisés: ça n’enlève rien aux talents de l’équipe et du chef Jérôme Ferrer, je reconnais leur dévouement pour la bonne chère, le service à la clientèle impeccable et l’écoute attentive des besoins gastronomiques d’autrui mais… en ce moment, depuis quelques temps, ce n’est plus ce qui me fait vibrer. Ça, ça m’appartient, c’est à moi, c’est ma perception et ça n’a rien à voir avec la critique: en fonçant vers cette expérience, elle me montre que j’emprunte une autre voie, tout simplement, et je ne regrette surtout pas mon choix.

Pourquoi toujours courir ce que la critique considère de ce qu’il y a de plus beau, de plus bon, de plus bien pour flasher? Parce qu’au fond, c’est ça finalement: c’est de montrer aux autres, ultimement pour se convaincre soi-même, qu’on a des papilles de qualité et assez de goût pour être capable de se le permettre et je ne veux plus nourrir cette idée. Justement, je préfère être de ceux qui encouragent et qui s’émerveillent à la simplicité (et c’est en partie ce que j’ai trouvé chez Europea): la planète est déjà saturée de gens qui critiquent. Hé ho, inutile de me juger pour le champagne: c’est une tradition, pas une influence extérieure.🙂

Je respecte et reconnais mon réel plaisir relié à cette expérience gastronomique, mais pour moi, l’Europea n’est plus une finalité en soi. Je me rends compte qu’en réalisant cela, la pression que je m’étais mise sur mes épaules s’est évanouie. J’ai entrevu le décor de l’Europea, ses artistes, sa cuisine et je ressentais un profond malaise mêlé d’admiration et d’excitation sans borne. Dualité sentimentale trop forte qui m’a coupé l’appétit. Ce n’est pas que je ne le mérite pas, c’est que, dorénavant, je cesse de tenir entre mes dents l’idée que je serai bien plus heureuse si je participe au spectacle entourant ces repas. Ce n’est plus ma réalité. J’y retournerai sûrement, un jour, juste pour voir, pour le plaisir.

Ce n’est pas nécessaire de m’impressionner avec le plus complexe, le plus recherché de tout; j’étais déjà sur le cul en constatant la fraîcheur de la noix de Grenoble dans ma salade ou l’explosion en bouche de la framboise au dessert. Il en était de même avec la figue et le pain. C’est de savoir quoi faire avec ce qu’on a, aliment recherché ou pas et, surtout, de bien le faire, en renouvelant à chaque fois la démonstration de son respect et de sa passion pour la nourriture.

J’ai décidé d’être heureuse parce que c’est bon pour la santé

Plusieurs semaines se sont écoulées depuis la publication de mes dernières réflexions. Je ne justifie pas mon silence par de la paresse ou un manque d’intérêt, au contraire.

Je me suis recentrée, j’ai redémarré la machine. Je me suis réapproprié mon corps et ce qui s’y digère, les émotions comme la nourriture.

Je me suis mise face à moi-même, face à mon garde-manger. Je me suis demandé ce que mon frigo et le contenu des armoires me renvoient comme image, quelle conclusion tirer, quel portrait brosser.

C’est un exercice fort intéressant parce qu’il est révélateur de mauvaises habitudes. L’idée est de corriger, d’améliorer et surtout d’assainir. L’être avant le paraître, la pulsion avant le statut de l’ingrédient ou la marque au goût du jour.

Je me suis repliée, renfermée, étudiée.

D’abord, j’ai remarqué que je gaspillais trop de nourriture à mon goût parce que j’étais toujours à la recherche de nouvelles choses avant de me satisfaire véritablement de ce qui se trouvait dans mon assiette. J’étais aussi en quête du plus décadent, du plus gras, du plus lourd comme si chaque planification de repas était une compétition en soi. J’en faisais plus, voire trop, pour prouver quoi déjà? Ah si, le besoin de reconnaissance: me faire remarquer par les autres pour me convaincre que je suis bonne cuisinière.

Lorsque le stress autour de la nourriture devient plus fort que le plaisir, il est nécessaire de se débrancher, de revenir à des pratiques plus sensées et d’apprendre à simplifier son rapport avec la nourriture. Exit le calcul, le souci de l’image, la quête nerveuse du plus-que-parfait et surtout la pression issue des opinions et des critiques d’autrui.

C’est pourquoi je m’éloigne dorénavant de l’idée d’aller dans les plussss meilleurs restaurants, de casser la croûte avec les plussss meilleurs sandwichs, de me garrocher papilles premières dans le plussss meilleur de tout, de la bière au couteau, de la truffe au dernier cossin de cuisine en passant par le dernier livre de recettes en vogue. Loin de moi l’idée de mépriser les artisans et les chefs qui s’investissent corps et âme dans leur passion pour avoir et donner l’excellence.

Ce qui me rendait tiède, c’est l’acharnement constant d’une clique externe qui se doit de montrer qu’elle court les meilleures tables sous les meilleurs spot-light gastronomiques sans quoi il semble que la vie vous tourne le dos si vous ne connaissez pas les dernières trouvailles et créations de tel chef branché. Auparavant, je me sentais mal de manquer tel festival, telle rencontre gourmande, de ne pas utiliser le dernier gadget à la mode. Puis, soudainement, j’ai décidé que je ne m’imposais plus ces tensions sociales.

Je fais comme Voltaire: j’ai décidé d’être heureuse parce que c’est bon pour la santé.

Pour moi, le bonheur ne signifie plus de me tenir à l’affût des idéologies du monde de la bouffe et de toutes les autres sphères sociales. Ce n’est plus mon truc. Voilà. C’est dit. J’aime la peinture, j’aime la musique, j’aime le cinéma mais je ne sens plus le besoin d’être branchée par intraveineuse reliée à des encyclopédies vivantes aux mises à jour les plus sophistiquées pour me satisfaire.

Je n’aime pas le name dropping, la concurrence intellectuelle, la compétition ulcérante et surtout la cruauté dans le jugement (que pensez-vous des gens qui achètent encore les pâtes Barilla?). La nourriture devrait être d’abord une histoire de tripes personnelle, dépouillée d’une nomenclature politisée, loin du star-system alimentaire actuel. Mais comme ce n’est pas le cas, sommes-nous en droit de rechercher le plaisir, simplement?

D’ailleurs, j’ai décidé que j’allais me concentrer sur les joyaux de Dame Nature pour mon redémarrage: pas de recettes précises, pas de cadre étouffant, pas de guidelines à la mode. Je me suis inspirée du documentaire Fat, Sick and Nearly Dead de Joe Cross. L’histoire de cet homme ressemble probablement à celle de la majorité des Nords-Américains: bourré de stéroïdes en raison de sa maladie auto-immune, Joe Cross pèse 310 lbs et il est au bout du rouleau parce que la médecine moderne ne répond plus à ses besoins. La mort le guette. Cependant, il voit une faible lueur qui deviendra un letimotiv encourageant: il s’accroche à l’idée que le corps peut guérir par lui-même en le remettant aux bonnes grâces de la nature. Joe Cross fera un véritable pèlerinage pour se nettoyer, se purifier, se vider. Il traînera son presse-jus à travers les États-Unis et fera une cure de 60 jours à l’aide de jus de fruits et de légumes biologiques. Ce qui est honorable, c’est qu’il fera preuve de beaucoup de force mentale pour résister aux influences extérieures.

Dans mon cas, j’ai tout de suite pensé «maudit hippie à marde de mangeux de graines au tofu…» et, même avant d’avoir terminé mon chapelet d’insultes, j’ai eu une épiphanie: pourquoi ne pas l’essayer? Mon but est humble et ma mission est très simple: donner à mon corps ce qu’il mérite. C’est avec beaucoup de douceur que, depuis 2 semaines, à tous les jours, je me fais un jus le matin. Tout y passe: chou frisé, poire, pomme, carotte, betterave, orange, pamplemousse, petits fruits, céleri, concombre, gingembre, etc. Mon système digestif est tombé en bas de sa chaise et ça commence à goûter bon dans mon cerveau!

Ma nouvelle démarche n’a rien à voir avec une diète, rien à voir avec des pilules ou des théories new-age à l’encens (bon, c’est certain qu’il faut en brûler un peu parce que, ahum, disons que l’estomac n’est pas trop habitué à tant d’adoration nourrissante pour les premiers jours). Je me reconnecte avec mon corps progressivement. En plus, je ne gaspille plus de fruits et de légumes! Enfin, je n’ai pas à me givrer dans le stress afin d’impressionner quelqu’un! Je le fais pour moi parce que j’en vaux la peine.

Je reconnais tout cela, mes forces comme mes faiblesses. Ce sont ces dernières qui me révèlent qui je suis pour mieux vivre. Je me pardonne devant ces années de négligence parce que je sais que la culpabilité face à une mauvaise habitude empêche l’épanouissement. Je suis heureuse de savoir que je peux constamment m’améliorer.

Mais heille, ça ne veut pas dire que je ne tourne éternellement le dos au bacon, au foie gras et autres cochoncetés appétissants de ce monde!

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